18/12/2007

JOYEUX NOËL - SUR LE FRONT EN DECEMBRE 1914 - LA FRATERNISATION : UNE HISTOIRE BELGE

Texte ci-dessous reproduit avec l'aimable autorisation de Stéphane Diricq -  "Le Courrier de l'Escaut" - Lundi 19 décembre 2005 - p. 12

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Le Tournaisien Jacques De Ceuninck s'est penché avec attention sur l'ouvrage "Christmas Truce" de Malcolm Brown et Shirley Seaton.

L'historien local a pris un réel plaisir à visionner le film de Christian Carion, intitulé "Joyeux Noël". Ce long-métrage fait état des fraternisations entre les troupes françaises et allemandes, le soir de Noël 1914. "Ces faits étaient fréquemment occultés en France, explique Jacques De Ceuninck. Il ne faut toutefois pas perdre de vue que des Belges ont participé à ces rapprochements surréalistes." Toujours très attentif aux publications ayant trait à la Grande Guerre, il avait dans sa bibliothèque un ouvrage, signé Malcolm Brown et Shirley Seaton. A l'occasion de la fête de Noël, il a bien voulu nous en livrer quelques extraits traduits.

CHRISTMAS_TRUCE_-_LIVRE_Couvertu - E.MAIL

par Leo Cooper / Secker & Warburg - London - 1984  -  Dessin couverture paru dans "The Illustrated London News Picture Library"

Minuit chrétien  "Les Belges en décembre 1914, ne tenaient qu'une petite portion du front, de Nieuport sur le Mer du Nord jusqu'au "Saillant d'Ypres". Une note d'un militaire belge, publiée dans un journal anglais, parlait d'une "sévère cannonade", la veille de Noël, de confessions entendues et de communions reçues dans une cave misérable d'une maison en ruines ; là, il ne restait presque plus rien, excepté une petite partie de la tour de l'église. "Il nous semblait à nouveau vivre comme au temps des catacombes", écrit le militaire belge. Jamais, je n'oublierai la très touchante cérémonie quand, au milieu du grondement des canons, je reçus la communion en cette veille de Noël". Après cela, le militaire repartit en premières lignes et c'est là qu'il y passa Noël.

"Noël dans les tranchées ! Cela a du être triste, me dites-vous ! Je ne suis pas déçu d'y avoir passé ces moments-là. Ce souvenir sera toujours d'une impérissable beauté. A minuit, un baryton se mit debout et d'une voix retentissante, entonna "Minuit chrétien". La cannonade rugissait et, à la fin de l'interprétation, des applaudissements éclatèrent de notre côté ... et du côté des tranchées allemandes. Les Allemands aussi, célébraient Noël et on pouvait les entendre chanter à 200 mètres de nous.

Le jour suivant, il y eut une fraternisation. Il y eut beaucoup d'émotion à ces messes de minuit avec leurs traditionnels et appréciés cantiques".

Robert De Ville, capitaine d'artillerie de l'Armée belge décrit dans son "Journal de campagne", "une messe dite dans un abri improvisé à Pervijze près de Dixmude, non loin de la ligne de front. Il faisait froid. Les étoiles scintillaient admirablement et l'horizon était illuminé par de multiples fusées bleues, montant des tranchées allemandes. Le sol d'une grange avec son immense double porte comme décor et ouverte des deux battants, c'était la chapelle. Une table en bois et deux bouts de chandelles, plantés dans le goulot de deux bouteilles, c'était l'autel. Les soldats chantaient. C'était irréel, sublime. Ils chantaient "Minuit chrétien", "Les anges dans nos campagnes" : ce que nous chantions quand nous étions tout petits. Les Noëls, d'il y a longtemps, renaissaient ; tout ce que nous avions connu dans notre enfance, la famille, le voisinage, le coin du feu, nos yeux éblouis par le sapin avec ses bougies scintillantes, toutes ces choses que nous revivons au travers de nos enfants".

Avec des Belges.  Comme cela a déjà été décrit, il y eut un certain nombre de cas de fraternisation à cette époque, impliquant des Français et des Belges, la veille de Noël et le jour même de Noël. Pour ce militaire belge qui avait assisté à la messe de minuit au son du canon, il y eut un surprenant changement, le matin suivant.

"Maintenant, je vais vous raconter quelque chose qui vous paraîtra incroyable et je vous donne ma parole que c'est vrai. J'ai vu cela et j'ai pensé que c'était un rêve.

A l'aube, les Allemands déployèrent un placard au dessus de leurs tranchées sur lequel était inscrit "Joyeux Noël" et alors, quittant leures tranchées, sans armes, ils avancèrent vers nous en chantant et criant "Camarades !" Personne ne tira. Nous avons aussi quitté nos tranchées, séparées les unes des autres par seulement l'Yser à moitié gelée ; nous avons échangé des cadeaux : cigares qu'ils nous donnèrent, chocolat que nous leur lancions. Et c'est de cette manière, presque en fraternisant, que nous avons passé toute la matinée. Incroyable en effet mais vrai ! Ils nous demandèrent de passer Noël sans tirer et toute la journée se passa sans combat.

A huit heures du soir, nous fûmes relevés par d'autres soldats et repartîmes vers l'arrière sans être inquiétés. N'est-ce pas magnifique ? Pensez-vous que nous avons eu tort ? Ici, nous avons été critiqués ; on nous a dit que nous avions à nous battre. Mais n'aurait-ce pas été ignoble ? Pourquoi tuer son prochain un tel jour de fête ?"

Cet officier belge écrit encore : Les Belges et les Allemands étaient "enterrés" sur les rives opposées de l'Yser. 60 Allemands sans armes, sans armes, sortirent des lignes en chantant, demandèrent une trêve d'un jour et traversèrent la rivière avec un des trésors de l'église collégiale de Dixmude qui avait été volé précedemment, comme preuve de leur bonne foi. Ils avaient lancé aussi vers nous du chocolat ; on avait répliqué avec des cigares et la fête de Noël réunit dans une même émotion, les ennemis d'hier et de demain."

Et Jacques De Ceuninck de conclure : Cette relation de faits de paix n'apporte pas vraiment quelque chose de nouveau sur la fraternisation de Noël 1914 mais ici, c'était entre Belges et Allemands ... J'espère que de tels faits se reproduiront encore dans les points brûlants du monde en ce Noël 2005. Mais, je n'y crois pas beaucoup ..."   St.D

---- Il y eut encore des cas de trêve de Noël pour la fin de l'année 1915. Mais pour la fin de 1916 et 1917, c'était fini : les Grands quartiers généraux alliés et allemand, initialement pris de court en 14 et 15, avaient pris les mesures nécessaires ; les ordres, pensés et donnés par ceux-là, bien à l'abri à l'arrière, furent rectifiés en conséquence ...                          J.DCK

Bonne fête de Noël et Bonne année à vous tous !

09:36 Écrit par SRPMDB dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Fraternisation - Reconstitution à Comines-Warneton Un complément d'info : Voir " Le Courrier de l'Escaut" de ce lundi 24 décembre 2007 - Un reportage très complet sur la reconstitution d'un exemple de cette fraternisation. Nombreuses photos.
N'ayant pas eu le temps de lire la presse entière, il est cependant très possible que d'autres journaux aient également effectué un reportage sur le même sujet au même endroit.
Jacques De Ceuninck "La Lorgnette"

Écrit par : J.DCK | 24/12/2007

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