21/06/2012

LA GARDE D'HONNEUR 1813 - 1814 - Tournaisis etc. - Extrait "Journal des marches et opérations

Un de mes amis français, Georges R., originaire de Roubaix, militaire gradé, retraîté, coulant depuis quelques années, des jours heureux en Ille-et-Vilaine, véritable érudit dans l'histoire militaire de nos régions frontalières notamment, m'a gentiment tranmis ces extraits tirés de "La Garde d'honneur 1813 - 1814", livre écrit par le capitaine Housset, devenu lieutenant-colonel. Cet ouvrage de  ... 997 pages est très documenté, comme le signale mon correspondant.

Je ne résiste pas à vous retranscrire quelques feuillets qui concernent la Belgique dont, partiellement, notre Tournaisis et environs frontaliers.

" AVANT-PROPOS - Il n'y a aucune similitude entre la levée de la Garde d'honneur en 1813, dont le caractère est national, obligatoire, permanent, et les Gardes d'honneur des villes, formations locales, rassemblées sous l'Empire sur la base du volontariat, qui regroupent l'espace d'une journée ou de quelques jours, les citoyens considérés de tel ou tel chef-lieu.

(...) L'origine de ces secondes nommées est très largement antérieure à la période napoléonienne et perdure bien au delà de la déchéance de l'Empereur (...) Enfin, les Gardes d'hoenneur des villes sont des compagnies d'apparat, montées ou à pied, dont l'unique mission est de servir d'escorte "à leurs Majestés Impériales" pendant leur séjour dans leur ville, partageant le service auprès de 'Empereur avec l'escadron de sa garde que souvent, même, elles remplaçaient.

L'opération qui nous intéresse, en revanche, est une circonscription exceptionnelle. Insérée dans le senatus-consulte du 3 avril 1813, qui fait appel à 180.000 hommes, la Garde d'honneur doit fournir, à elle seule, quatre régiments de cavalerie légère de deux mille cinq cents sabres chacun, spécialement recrutés parmi les fils des meilleures familles de l'Empire, devant s'équiper et se monter à leurs propres frais.

JOURNAL DES MARCHES ET OPERATIONS  - (...) page 752 - Le corps au combat - Décembre 1813  -  Le premier détachement rallie Bruxelles le 12 décembre. Le déplacement a duré douze jours ; les étapes sont les suivantes : Saint-Denis (30 novembre), Pont Sainte-Maxence (1° décembre), Gournay (2 décembre), Roye (3 décembre avec séjour dans cette ville le 4 décembre), Péronne (5 décembre), Cambrai (6 décembre), Valenciennes (7 décembre), Mons (8 décembre). Nos gardes ont partagé leur route avec cinquante chasseurs à cheval, cent gendarmes d'élite, cinquante lanciers du 2° régiment, éléments disparates destinés à former la division de cavalerie du 1° corps (Archives Vincennes C2 162).

Les gardes d'honneur cantonnent à Malines. Le 16 décembre, l'habile capitaine Von Colomb, qui rôde avec ses partisans autour de cette ville, signale leur présence (réf. - Capitaine Von Colomb - Carnet de campagne d'un officier prussien -1813-1814 - op.cit.p.203). C'est à leur barbe que le Prussien s'empare de cinq pièces d'artillerie de gros calibre sur la route d'Anvers à Malines, sans que nos jeunes soldats n'esquissent le moindre mouvement. Le lendemain, les gardes sont dirigés sur Anvers.

Un ordre de l'Empereur du 14 décembre prescrit au général Roguet, chef de la 6° division de la jeune Garde, qu'une fois la division de cavalerie du général Lefebvre-Desnouettes arrivée à Anvers, il prenne l'offensive (...) Les gardes se présentent devant Breda, après avoir bousculé les avant-postes russes commandés par le général Stall. (...) Grâce au renfort de nombreuses pièces d'artillerie, amenées aux Russes par les Anglais, Breda ne tombe pas au pouvoir des troupes françaises, contraintes de se replier et de prendre position entre cette localité et Anvers, sur une ligne Hoogstraten, Loenhout, Brasschaat où nos gardes prennent position.

Page 753 - Janvier 1814  -- Le 8° escadron du 1° régiment est à présent complet ; le capitaine Grout de Saint-Paer a rejoint Bruxelles, le 30 décembre. Malines devient le dépôt de la cavalerie de la Garde où l'on compte, au 1° janvier 1814, un effectif d'un officier et de onze gardes. (Archives Vincennes - 2 YE 1791-1847 ...)  Le 5 janvier, Maison ordonne au général Roguet de désigner cent gardes d'honneur qui partent, le 7 janvier de grand matin, pour Capelle, où ils attendent un convoi de vivre pour l'escorter à Berg Op Zoom, avec deux bataillons d'infanterie. L'ensemble des troupes est placé sous les ordres du général Ambert, commandant la 2° division du 1° corps. C'est à ce dernier qu'incombe le commandement, à l'extrème gauche du dispositif de Maison. Sa mission est de faire obstacle au corps anglais, stationné dans les environs de Berg Op Zoom et de Rosendaal (...). La Garde d'honneur forme alors la moitié de la cavalerie du Général qui compte également cent lanciers (page 754). L'offensive des alliés se produit le 11 janvier. Le général Ambert se replie sur Merxem avec toutes ses troupes (...) Le 13 janvier, les généraux Ambert et Avy - ce dernier sera tué dans ce combat - sont assaillis par un corps de huit mille Anglais, soutenus par les colonnes prussiennes de Borstell et de Oppen (...) Après avoir perdu le 1° régiment de lanciers, appelé sur la Marne, aux premiers échos du passage du Rhin par les coalisés, la division de cavalerie de Maison est réduite à mille deux cents sabres (...)   Du 14 janvier au 30 janvier, le capitaine Grout de Saint-Paer est à Malines. Appuyé par deux bataillons et demi d'infanterie et trois pièces de canon, il couvre Bruxelles et Louvain (Archives Vincennes - C2 - 316). Ainsi, les gardes ne participent pas à l'expédition malheureuse du général Castex.

Ce dernier, commandant de la cavalerie en remplacement de Lefebvre-Desnouettes, fait mouvement vers Liège, abandonné par les troupes du duc de Tarente. Ils ne sont pas présents au combat de Hognouloù le général français sacrifie inutilement sa troupe.  --  Le 27 janvier, toute la division Barrois (1° division de jeune Garde) prend position à Malines. A cette date, l'ennemi est présent à Namur avec une cinquantaine d'escadrons et des partis sont repérés à Diest, Tirlemont, Saint-Trond. Menacé de toutes parts, Maison décide de réunir ses troupes à Bruxelles. Dans la nuit du 30 au 31 janvier, toutes les forces à Malines sont dirigées sur le chef-lieu de la Dyle.

Page 756 - FEVRIER 1814 -  Le 1° février, six officiers et quatre-vingt-douze (92) gardes cantonnent dans Bruxelles et ses environs. Le même soir, Grout de Saint-Paer bivouaque près de Hal avec le 2° chasseurs à cheval, sous les ordres du général Meuziau, major de ce régiment. Le 3 février, deux mille alliés inquiètent les avant-postes français, stationnés dans cette ville. Mons menacé, Maison se retire sur ATH et va concentrer son armée entre cette ville et Courtai. Prenant Lille pour point d'appui, il peut menacer Bülow de flanc.

Page 757 - Le 8 février, nos gardes sont à RAMECROIX, à égale distance entre TOURNAI et LEUZE. A cette date, Maison qui est à TOURNAI, prescrit à ses troupes, un mouvement rétrograde en direction de CETTE VILLE, pour le lendemain ( 9 février). La cavalerie prend position à Lannoy, en réserve. C'est vers cette période du mois que le détachement du 3° régiment se joint aux gardes du 1° régiment et sensiblement les effectifs ( note : Ce régiment a fait 22 jours de marche). - Le 17 février, le 1° corps recule de nouveau pour prendre position derrière la Marque, sa droite à Pont-à-Marcq, sa gauche atteignant, en arrière de la Deule, le bourg du Quesnoy. 

Page 758 - TOURNAI est occupé par Borstell, Courtrai par Hellvig, Mons par le major général Ryssel quant au général Lecocq, il tient la campagne en avant de LEUZE.

La situation des troupes françaises est très préoccupantes. Les éclatantes victoires de Champaubert et de Montmirail redonnent espoir à l'Empereur qui ordonne à Maison de prendre l'offensive (note : C'est une constante chez l'Empereur qui ignore, ou feint d'ignorer, l'importance des troupes alliées en Belgique). Le 26 février, Maison entre dans Courtrai (...)

MARS 1814  -  Le 1° mars, sept officiers, cent trente-sept gardes sont présents à Courtrai. Le duc de Weimar décide de réoccuper la ville et achemine vers WARCOING, le colonel Hobe avec cinq bataillons, trois escadrons et dix pièces d'artillerie. Il invite aussi le major Hellwig à marcher d'Audenarde sur Courtrai.  Le 2 mars, Hobe attaque vigoureusement le poste de Bellegem, tenu par nos gardes. Le garde Pietro Miccinelli du 1° régiment (8°escadron - 16° compagnie) est blessé d'un coup de feu à la jambe gauche (Archives Vincennes - 2 YE 1791 - 1847) tandis que Augustin de Kerbalanec de Salaün du 3° régiment est porté pour la Légion d'honneur pour son intrépidité. Le 5 mars (...) Nos gardes, toujours postés à Bellegem, poussent des reconnaissances vers Espierres. Ils sont sous les ordres du général Penne qui dispose enoutre, d'un bataillon et d'une batterie et demie de la Garde.  Le 7 mars, toute la ligne française est attaquée. C'est non sans difficultés et avec le renfort de trois bataillons, deux cents chevaux et une batterie d'artillerie légère, que le général Borstell est repoussé.

Page 759 - Maison, trop faible, se retire sur Lille et établit son quartier général à Roncq. Grout de Saint-Paer prend position à Bondues et sur la route de Menin.  Le 20 mars, le ched d'escadrons Levasseur d'Harmanville qui a rejoint son escadron, compte un effectif de sept officiers et de cent quarante gardes. Sa position est alors Ronchin. Le reste de la cavalerie est à Hellemmes et Templemars.  Le 21 mars, Thielmann, qui occupe TOURNAI, attaque Lille sans succès.  Le 25 mars, Maison marche sur Gand et déloge le major Hellvig de Menin et s'établit à Courtrai. Le 26 mars, il entre dans Gand. Le 28 mars, la division Solignac, des chasseurs et nos gardes sont placés en tête de l'armée, afin d'occuper momentanément Petegem. Le poste de Deynze où est établi l'ennemi est surpris et culbuté (...) Les Prussiens, établis à Courtrai, se replient sans opposer de résistance ; l'armée française occupe cette ville.  Le 31 mars, l'avant-garde du Prince de Wurtemberg paraît à Zwevegem, poste tenu par les lanciers du général Barrois (...) ; ce dernier contre-attaque et reprend cette localité (...) Les troupes françaises abordent franchement l'ennemi et le mettent en déroute. Roguet puis Castex et Meuziau sabrent les cuirassiers saxons puis l'infanterie ennemie.  Page 760 - Les alliés s'éparpillent et fuient en désordre en direction d'Audenarde (...) Le combat terminé, Maison dirige son armée sur TOURNAI, occupé par l'ennemi, et bombarde la ville avant de reprendre la route de Lille.

Page 761 -  AVRIL 1814 - Le 1° avril, on dénombre douze officiers et cent soixante-neuf gardes présents à Lille où entre Maison. Son intention est d'opérer un mouvement sur les places de l'ancienne frontière et tout particulièrement sur Maubeuge dont l'ennemi a fait le siège.  Le 4 avril, il est à Orchies et à Pont-à-Marcq.  Le 5 avril, l'armée se porte sur Valenciennes. C'est là que le général en chef apprend les "événements dans la capitale". Le lendemain, revenu à Lille, il entre en pourparlers avec l'ennemi pour la cessation des hostilités (...)

Fin des extraits transmis par mon ami Georges.    

Quelques notes ajoutées personnellement :

"Evénements dans la capitale"(ci-dessus) : Napoléon 1° signe sa capitulation au château de Fontainebleau le 6 avril 1814. Les coalisés (Angleterre, Autriche et Russie) l'enverront à l'ile d'Elbe d'où il s'échappera le 26 février 1815. Aussitôt l'Empereur déchu, le Sénat proclame Louis XVIII, "Roi des Français".

Coalisés : Au cours des guerres de Bonaparte, il y eut plusieurs coalitions contre l'Empereur, composées différemment. Celle des années 1813-1814 comprenait les Russes, les Prussiens, les Anglais, les Autrichiens et les Suédois, renforcée par quelques petits états allemands : la Bavière etc.

Sénatus-Consulte : du latin "senatus consultum" - Décret du Sénat ayant force de loi sous le Consulat et les périodes 1° et 2° Empire français.

Capitaine Von Colomb : réf. "Carnet de campagne d'un officier prussien - 1813-1814" - op.cit page 203.

Bülow : Le Freiherr (Baron) Frierich Wilhelm von Bülow, général prussien - né le 16.2.1755 et décédé le 25.2.1816 à Köningsberg (Prusse Orientale). Il se distingua lors des batailles de 1813 ; en janvier 1814, il occupa la Hollande et la Belgique et prit une part importante à celles de Leipzig et Waterloo.

Maison : Nicolas Joseph Maison : voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas-Joseph_Maison

Ambert : Devenu Général d'Empire, le baron Jean-Jacques Ambert est né en octobre 1766 dans le Lot et est décédé le 20.11.1851 à Basse-Terre, Guadeloupe. En 1813, il commande la 17° division militaire en Hollande. En 1815, il est à la tête de la 9° division militaire. Il a son nom gravé sous l'Arc de Triomphe à Paris. 

Avy : Antoine Sylvain Avy est né en mai 1776. Engagé volontaire en 1793, il devint général de brigade et participe aux diverses campagnes de l'Empereur. Il est dans le 1° corps d'armée, chargé de défendre la Hollande contre les Anglais. Lors de combats très violents le 13.1.1814 à Merxem, contre une armée anglaise de 12.000 hommes, il y fut tué ce jour-là.

  J. De Ceuninck - "La Lorgnette"

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10:41 Écrit par SRPMDB | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |