11/08/2013

LUI, LEON BECKERS, AGENT DE RENSEIGNEMENT BELGE ...

J'eus, il y a quelques jours, l'attention attirée par une note apparaissant sur la page Facebook de notre vénérable société plus que centenaire, la SRPMDB. Je la lus ... et fus éberlué par ce que je venais de découvrir : le récit d'une épopée, un acte de courage, de bravoure, de don de soi et sacrifice qui, je l'avoue, m'était totalement inconnu. Et cette note, je la relus une seconde fois.

Léon BECKERS, ce héros caché, était un agent de renseignement du réseau Tegal, actif pendant la guerre 40-45. Je pus avoir connaissance d'un courrier du prénommé, destiné aux siens et daté de l'époque entourant "Décembre 1944".

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LEON  BECKERS

Nous en découvrons le récit complet :

Décembre 44 ...

Les Alliés s'organisent pour la campagne d'hiver ; on s'aperçoit nettement qu'ils veulent forcer le front à l'ouest d'Aix la Chapelle.

En tant que chef de secteur, je reçois l'ordre de poster des lignes de front, actuellement situées le long de la rivière "Roer" et de prendre connaissance de l'effectif armement-disposition de l'armée allemande, défensive et agressive ; je dois partir le 19 décembre, accompagné d'un agent et d'un télégraphiste. Ce dernier m'est présenté d'office ; quant à l'agent, je choisis mon collaborateur.

Je dois pour la première fois, me rendre en Bochie, pays inconnu, traverser la ligne et y rester environ 5 jours. Le 18 décembre, je mets mon oncle au courant qui, lui seul, est au courant de mes activités. Eventuellement, si la destinée voulait que je ne revienne pas, mon père aurait été averti par lui. Le soir même, je me rends à Verviers, chez ma fiancée et raconte simplement à mon beau-père que je dois traverser les lignes du front dès le lendemain soir ; en même temps, je lui remettais une lettre pour ma fiancée au cas où je ne serais plus revenu ...

Nous nous réunissons dans les bureaux de la CIC à Liège ( CIC : Bureau du contre-espionnage américain ) où nous déguisons tous les trois en soldats allemands et portant le brassard des infirmiers. Le révolver à la ceinture, nous prenons place dans une jeep-car d'officier et nous partons vers l'est. Nous traversons Verviers puis le frontière ; tout le long du chemin, nous continuons notre exercice de langue allemande surtout dans les mots médicaux et, enfin, nous apercevons des dépots de munitions, des tranchées et des garnison ; le front n'est plus éloigné. L'acheminement se fait jusqu'aux premières lignes où nous attendent déjà les quelques hommes, deux pelotons spécialisés dans les passages d'hommes.

Le passage doit s'effectuer, si tout réussit, dans une demi-heure ; quelques renseignements nous sont encore donnés par le Colonel américain au sujet des rapports de missions effectuées et que nous transmettrons par morse au petit avion "coucou". C'est celui-ci également qui nous transmettra les ordres par la suite. Nous recevons en même temps, les noms et adresses des Allemands qui sont disposés à nous héberger en cas de danger. C'est bien la première fois que je pars, l'esprit soucieux et cependant, il faut aller jusqu'au bout.

Le moment est venu, nous passons la rivière, peu large d'ailleurs ; deux groupes d'hommes attendent, l'un à gauche, l'autre, à droite, pour passer à l'attaque tactique.

Le signal est donné  ! ! !  Les soldats s'engagent et gagnent du terrain ; l'ennemi riposte, les nôtres redoublent d'ardeur dans leurs tirs qui s'acharnent de plus en plus ; nous en profitons pour avancer également en rampant. Les nazis, peu satisfaits, intensifient leurs contre-offensives et s'élancent à l'assaut. Sur ce, les Américains se replient et nous, nous faisons le mort, endossant des coups de pieds des soldats allemands qui courent dans l'obscurité. Nous nous redressons lentement et nous constatons avoir réussi le passage du front de position.

Mon premier travail est de rechercher un endroit à l'arrière du front afin de placer mon technicien ; un abri abandonné servira de poste d'observation et de ralliement ; ensuite, je m'oriente et me situe des limites pour ne pas m'égarer. A l'aube, Louis va de son côté ; moi, je prends une autre direction tandis que le troisième sera la sentinelle de notre hôme.

Toute la journée, je prends connaissance du terrain et constate que le calme règne dans la troupe. Je m'enhardis de plus en plus du fait que l'on ne remarque même pas ma présence, les soldats trouvant tout naturel que je recherche, soit disant, les blessés et les malades. Je suis tout à mon aise pour remplir ma mission et cela activera celle-ci.

La nuit venue, le "coucou" lance son appel et aussitôt, je transmets mon rapport et mes ordres ; ensuite, je reçois les siens.

La cinquième nuit - le 23 décembre 1944 - le "coucou" nous fait savoir que notre mission est terminée et que nous devons nous rendre directement à l'endroit du passage. Malheureusement, la chose n'est pas aussi facile ; au moment où les Allemands doivent contre-attaquer, moment propice pour nous, ceux-ci réalisent une réaction différente et nous nous trouvons bloqués sur le sol ennemi.
Ne perdons pas de temps ; nous rejoignons notre abri et discutons des possibilités de regagner le front allié.

Une idée  !!!

Je savais que la ville de Düren était en partie libérée, la région ouest de la Roer et je me trouvais à environ 10 kilomètres de cet endroit.

Je décide de partir le premier et d'attendre Louis à l'entrée de la ville, le long de la rivière et, ensuite, notre ami n°3. Louis arrive un quart d'heure après moi, comme prévu ; quant au technicien, il n'était pas encore arrivé une heure après. Il fallait en conclure qu'il avait eu des difficultés et devait se cacher ou bien, était-il mort ?

Louis avait reçu une balle dans la cuisse mais eut le courage de marcher. Nous traversons les ruines de la ville tant bien que mal, sautant les haies et les murs écroulés. A l'aube, j'aperçois des soldats américains sur l'autre rive à une vingtaine de mètres.

Notre idée était de se constituer prisonniers et de faire appel au Colonel. Nous arrivons enfin à être captifs mais ce n'est pas tout rose ; les Américains ne veulent rien entendre ; je leur dis que nous sommes Belges et eux de s'exclamer : "Soldats de Degrelle - Rex - Boches" ; nous recevons des coups et des injures à n'en plus finir.

Enfin, un chef arrive et je lui demande s'il connaît le Colonel X ; il nous regarde d'un air étonné et nous prie de le suivre.

L'expédition était terminée ...

François Beckers, en son nom et celui de sa famille, nous a autorisé la retranscription de la lettre de son père, dont mention ci-dessus, envoyée à sa fiancée de Verviers, document daté du 16 décembre 1944.

Il est aussi précisé que " En référence au récit de la mission de Mr Léon Beckers, la famille souhaite préciser qu'elle se réserve les droits sur la publication et l'utilisation du contenu de ce document ". Pour plus d'explication, contacter le fils de l'intéressé, François Beckers. Il se fera un plaisir de vous répondre via fbeckers@skynet.be

 

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Retranscription conforme à l'original, de la lettre écrite par Léon Beckers, "au cas où ..."

Mon très cher petit loup,

C'est à mon tour aujourd'hui de t'écrire, d'une façon un peu tragique. Tout d'abord, je m'excuse de ce qui arrive, ce n'est pas de ma faute ... que tous les chefs (responsables) auront leur tour, d'ailleurs, je ne suis pas le premier.

Voici ce qu'il y a.

La nuit du 18 au 19 décembre, j'ai dû partir pour l'Allemagne, c.à.d. derrière les lignes. Je ne suis pas volontaire, loin de là. Il se peut, si je n'avais pas aimé, que je serais déjà parti. Mais ! ! !

J'espère que tu croiras toujours en mon amour, j'en suis persuadé d'ailleurs.

Tu sais que je t'aime, je sais que je te causerai beaucoup de chagrin si la destinée voulait que tu lises cette lettre, car, à ce moment, ton brave petit Léon n'existerait plus ; peut-être aurais-je été fusillé par ces boches comme quatre de mes amis.

On nous disait qu'ils avaient été enlevés ; seulement, il n'en était pas question, ils auraient été posés derrière les lignes et n'en étaient pas revenus.

Ils sont morts en héros, je le suis également, sois fière de moi. Je suis près du bon Dieu et te vois déjà à cette heure où tu me lis.

Mon petit loup, ne gâche pas ta vie, je t'en prie. Tu ne m'oublieras jamais, je le sais, mais ce n'est pas la cause de rester seule. Moi je serai heureux de te voir heureuse ici-bas. Tu as besoin de beaucoup d'affection et de fonder un foyer. J'aurais voulu être le père de tes enfants mais Dieu a préféré autrement, toi qui est si chrétienne, tu comprendras et tu dois le comprendre.

Remercie beaucoup ton père qui a été si gentil pour moi et ta maman qui était la mienne aussi ; j'étais heureux chez toi car, en plus de ton grand amour, je ressentais un amour maternel également, il y avait déjà si longtemps que je n'avais plus eu l'affection d'une maman.

Embrasse bien tante Lisette, ta soeur Renée, Paul, le fameux Riquet et le brave Jules.

Je te quitte et te dis adieu ... mais ce n'est qu'un au revoir.

Reçois les tendres baisers de ton cher Léon.

(s) Léon

Qui était LEON BECKERS ? Léon, auteur de la "lettre qui devrait être remise à sa fiancée au cas où il ne reviendrait plus", effectuait son service militaire en 1939 au fort de Barchon, un des bastions défensifs de la ceinture de Liège. Il était affecté à une des trois coupoles garnies de canons de 105 mmm. La résistance de ce fort fut acharnée ; elle dura 9 jours durant lesquels 11.000 obus furent tirés par ses défenseurs. L'assaut final, appuyé par l'artillerie et l'aviation, fut mené par pas moins de 1.500 soldats allemands. Ecrasés par les bombes et submergés par les troupes d'assaut qui eurent recours aux lance-flammes pour neutraliser les positions de tirs, les défenseurs du fort de Barchon furent faits prisonniers le 18 mai 1940.

Léon BECKERS connut la déportation ; il sera ballotté dans plusieurs camps de travail et de concentration dont Rawa Ruska. Mais sa soif de liberté était plus forte que la peur du courroux de l'ennemi, il tentera de s'évader à plusieurs reprises. La septième tentative d'évasion sera bonne et c'est le 11 novembre 1943 qu'il rejoindra enfin, Liège. Moins de six mois après avoir retrouvé les siens, il intègre la section du réseau "Tegal", active sur le Plateau de Herve. Il y opérera sous le pseudonyme de "Daniel" et dirigera un secteur opérationnel.

Fin septembre 44, il est intégré dans le Comité d'Etat-major de l'Intelligence Service au côté du Colonel Wellington, M. Lepage (Sûreté de l'Etat), M. Dawan, M.Cherette, M. Steingnart, M. Dewez, M. Lombard et des Abbés Wilmotte et Demolin.

François Beckers nous précisera que son père Léon se mariera en 1947 à Mangombroux, Verviers avec Marie-Louise Jansen. Il décèdera le 31 mars 1979. Sa tombe se trouve au cimetière de Stembert, Verviers auprès d'autres anciens combattants. -- Infos de la famille Beckers reçues partiellement via Raymond Debelle.

Note personnelle de Jacques DCK : Informations sur le "Réseau Tegal" : voir, parmi de nombreux autres sites équivalents, : http://www.freebelgians.be/articles/articles-3-24+le-serv...

F I N

 

17:56 Écrit par SRPMDB | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

Bonjour,
Au nom de ma famille, je tiens à vous remercier pour l'intérêt et la reconnaissance que vous portez à l'histoire de mon père. Même s'il n'avait pas l'ambition de faire connaitre ses actes, que nous pensons héroïques, il nous semble pourtant important de les inscrire dans la mémoire collective.
Je reste évidemment à votre disposition au cas où vous souhaiteriez des informations complémentaires.

Bien à vous

Beckers François (fils cadet de Léon Beckers)

Écrit par : Beckers François | 11/08/2013

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C'est avec un immense plaisir que je lis ce lundi matin, votre message. J'ai connaissance aussi de cette très émouvante lettre écrite " au cas où " juste avant le top-départ de la mission. Etant vraiment très personnelle, même après tant d'années, cette lettre n'a pas été insérée dans notre blog à la suite du récit ci-dessus. Votre famille et vous-même m'autoriseriez-vous, malgré ce caractère très confidentiel, de la publier ? Loin de moi, l'idée, devenue très courante aujourd'hui notamment dans la presse, idée de "sensationalisme".
Petits détails à connaître pour insertion dans ma note du blog : Finalement avec qui se maria votre Papa, la fiancée tant chérie ? Où et date ? - son décès : où et quand ? Photo de sa tombe ? Quel cimetière ?
Bien à vous

Écrit par : jacques DE CEUNINCK | 12/08/2013

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Bonjour,
Pourriez-vous m'envoyer une adresse mail sur laquelle je pourrai répondre à vos questions?
D'avance merci
Beckers François

Écrit par : Beckers François | 12/08/2013

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Cher Monsieur Beckers,

Voici l'info demandée : j_de_ceuninck@hotmail.com
Bien cordialement.

J. De Ceuninck

Écrit par : jacques DE CEUNINCK | 12/08/2013

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